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Culture

MUSIQUE
Édition internationale - 2009

Patricia Kaas, Kabaret
Après 4 ans d’absence, Patricia KAAS, l’unique artiste française contemporaine à avoir vendu 16 millions d’albums dans le monde, revient avec KABARET, hommage d’une femme moderne aux héroïnes magnifiques des années 30 que furent Garbo, Suzy Solidor ou Martha Graham.

Douze très belles chansons entièrement réalisées et imaginées par Patricia Kaas, qui révèle au public son univers à travers un voyage très personnel dans les années 30, à découvrir avec modernité puisque ce nouvel album sera disponible exclusivement en téléchargement légal à partir du 15 décembre 2008

Patricia KAAS, artiste moderne, devient ainsi la première artiste majeure en Europe à sortir un nouvel album exclusivement sous forme numérique.

Pour accompagner cette sortie et remercier son public d’avoir sélectionné le premier single de l’album « Et s’il fallait le faire » sur internet, Patricia KAAS offre « Une dernière fois », le premier titre coécrit de sa carrière, à découvrir (pour le grand public) en téléchargement gratuit sur www.karabetkaas.com, un site à l’ambiance résolument féminine et sophistiquée, soigneusement portée par l’imagerie de Solve Sundsbo et le talent artistique visuel d’Eric Biard.

 
Patricia Kaas - crédits Solve Sundsbo
  Crédits Solve Sundsbo
INTERVIEW REALISEE PAR
SOPHIE ROSEMONT

Bonjour Patricia Kaas
Bonjour

Vous avez débuté votre carrière très jeune. Qu’est-ce qui vous a donné envie de chanter ?
C’est comme partout. On a envie de chantonner sur la chanson, de bouger. Pour moi, à huit ans, c’était peut être un jeu. Mais très vite, c’est devenu une façon pour moi de m’exprimer. J’aimais être sur scène, le partage, et même quand c’était compliqué. Quand je chantais dans les bals du samedi soir, ou à la fête de la bière, le public venait pour s’amuser et pas forcément pour écouter une chanteuse. J’aimais ce côté « combat », ce côté « ils vont voir que je suis là, ils vont m’entendre ». C’est ça qui m’a donné l’envie à la base. Ma mère était mon premier fan, la première personne qui a cru en moi. Les gens lui disaient que j’avais une voix un peu roque, une puissance. Ce n’était pas commun. Je rêvais de
chanter, mais pas forcément d’être une chanteuse comme on pourrait le rêver. 

Une fois de plus, dans ce dernier album, une de vos particularités est votre capacité à chanter en plusieurs langues. L’allemand, le français, l’anglais, le russe. Laquelle préférez-vous ?
Je dirais le français, parce que c’est la langue de mes émotions. C’est naturel. Quand je rêve, quand je pense, quand je m’énerve, c’est en français. Après, il y a des chansons dans « Kabaret » dont il me semblait évident qu’il fallait les chanter en allemand. L’allemand est ma première langue maternelle, un allemand un peu particulier il est vrai. Il fallait que je chante en allemand sur certaines chansons. Je parle moins bien anglais, surtout avec les « the ». Il y a aussi une expérience russe sur l’album « Kabaret ». J’ai adoré la prof et je l’ai détesté en même temps. C’était dur ! Le français, c’est le mieux au niveau de l’émotion, je n’ai pas besoin de trop réfléchir aux mots. C’est plus naturel.

C’est un cabaret allemand qui vous a donné la chance de vous produire quand vous étiez toute jeune. Est-ce qu’il y a un rapport avec le titre de cet album, « Kabaret » ? Quelles sont les significations de ce titre ?
C’est l’esprit de l’album. C’est le cabaret des années trente à Berlin. Mais aussi l’idée de survoler et se dire « Qu’est-ce qu’il y avait dans les années 30 ? ». Il y avait le cabaret à Berlin, le jazz à Saint Germain, le tango à Buenos Aires. On s’est demandé ce qui représentait bien ça. Ensuite, il y a eu l’idée du « K », à cause de mon nom. C’était plus original. Voilà pourquoi ce « K ». C’est super, parce que ça fonctionne avec le titre de l’album comme ça fonctionne avec mon nom et le contenu.

Je pense à cette chanson, « Addict aux héroïnes », qui énumère toutes ces femmes qui vous ont marqué, issues de nombreux milieux culturels et qui ont toutes eu des métiers différents. Est-ce qu’il y en a une qui vous touche tout particulièrement ?
Je dirais Marlène Dietrich. « Lili Marlène » est une des premières chansons que j’ai chanté. Ma maman adorait. Je connais tous ses films. Dans l’ensemble, ce qui est important dans « Addict aux héroïnes », c’est de parler de leurs caractères. Ce sont des femmes fatales assez masculines qui sont indépendantes, battantes. Elles n’ont pas peur de dire non, elles parlent d’érotisme, de bisexualité, de porter le pantalon. C’est cette force là, surtout à cette époque là où la femme n’a pas trop son mot à dire. Je trouve que c’était assez osé. C’est ça que j’aime dans ces femmes là.

Est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi ce choix ?
Tout d’abord, j’ai enregistré l’album très simplement et naturellement, en essayant de me poser le moins de questions possibles. Je ne savais pas dans quelle direction j’allais aller. C’est venu assez naturellement. Et il y a eu la discussion autour de la sortie de l’album. J’avais besoin de sentir une motivation assez importante autour de moi. Ça faisait cinq ans que je n’avais pas sorti d’album. J’ai décidé énormément de choses sur cet album. On m’a confié des responsabilités assez importantes. J’avais besoin de sentir une motivation. A ce moment là, il y avait beaucoup de discussion sur les restructurations des maisons de disque. On a commencé à parler, à se dire qu’on pourrait présenter l’album un peu comme à l’époque dans un premier temps. Dans les années 30 ou 50, les artistes présentaient leurs chansons sur scène et les enregistraient en direct. On n’a pas trop osé enregistrer comme ça, peut être pour le prochain ! On trouvait que ça faisait partie de cette idée des années 30 de présenter les chansons sur scène d’abord. Après, on les découvrira sur Internet, avant de l’avoir dans les bacs. On n’a pas une sortie comme on les fait d’habitude, c’est-à-dire qu’on va dans un grand studio, on prend les plus grands noms, on fait la promo comme d’habitude... Il y avait aussi cette idée, plus le manque de motivation qu’il y avait à ce moment là. Je suis ravie, c’est comme ça qu’on fonctionne aujourd’hui. C’est comme ça que j’achète ma musique, que je découvre de la musique. Il y a peut être plein de gens qui connaissent le nom, mais qui ne connaissent pas forcément ma musique. On a des idées, des images de quelqu’un mais on ne connaît pas trop ce que c’est. C’est un moyen de communication assez important.

 
L’esthétisme autour de « Kabaret » a été très soigné. Sur votre tournée, vous travaillez avec des personnes comme Régis Obadia. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qu’on va pouvoir voir sur scène ?
On a voulu faire différent avec cet album. On a choisi un grand photographe, Sundsbo. En lui parlant du projet, il m’a vu comme ça. Après, on s’est dit qu’on allait contacter des gens qui ne sont pas du tout dans le milieu de la musique. En France, j’ai l’impression que le monde de la musique reste très fermé. Là, on est allé voir des gens du théâtre, comme Christophe Martin, comme Régis Obadia, qui est chorégraphe de danse contemporaine. On va les voir, pour voir ce qu’ils en pensent. Ils ont eu tout de suite envie de le faire. C’est super motivant et flatteur parce qu’on ne sait pas comment les gens te voient dans ce milieu très différent. L’idée était aussi d’avoir des images en écran, ce qu’on n’a jamais eu avant. Ce sont des remakes de moments de films que j’ai aimé, des choses que j’ai
Patricia Kaas - crédits Solve Sundsbo
Crédits Solve Sundsbo
trouvé sur Internet, des choses que les gens ont filmé chez eux pour rigoler. On a de la danse contemporaine. J’ai bien bossé, je ne savais pas que c’était aussi dur. On voulait faire un spectacle, et non pas un concert uniquement. Certes, on voulait présenter les nouvelles chansons mais on voulait aussi aller dans des idées de cinéma, de théâtre, de danse. Plein de choses qui me ressemblent, qui me parlent. Au fur et à mesure, ça s’est développé comme ça. Je suis ravie. C’est un moment de plaisir de monter sur scène, de prendre un livre et d’en lire deux ou trois lignes. Ce sont les moments qui me font le plus flipper, même si maintenant ça va vu que je les ai faits plusieurs fois. J’avais des idées, mais il fallait au moins dix concerts pour corriger les choses et avoir d’autres idées. Un jour, je me suis dit que j’avais envie de lire une ligne de Marguerite Duras. Je l’ai fait. Avant de monter sur scène, j’étais flippée au sujet de ce passage, alors que c’était moi qui l’avais proposé. C’est comme ça que ce spectacle a évolué.

Vous avez plusieurs facettes. Vous êtes chanteuse, comédienne. Vous êtes depuis peu l’égérie de l’Etoile. Quel effet ça fait ?
C’est plutôt agréable de savoir qu’une grande chaine de produits esthétiques vous demande de représenter sa marque dans les pays de l’Est. Ils ont une image de la femme française élégante. Je trouvais ça plutôt flatteur. Grâce à ce contrat, je peux aussi présenter un spectacle beaucoup plus complet dans ces pays. Quand on va aussi loin, on ne peut pas forcément emmener tout notre matériel. C’est différent de ce qu’on présente en Europe. C’était important pour moi d’avoir l’argent qui me permet de proposer un spectacle beaucoup plus complet en dehors de l’Europe. Mais c’est flatteur. C’est un pays où j’ai l’impression d’être importante, plus jolie.

Quels sont vos rapports avec la mode ? Vous avez une relation plutôt indifférente, affectueuse, passionnée ?
Ça dépend des moments de ma vie. J’ai pu être une folle de shopping. Après, j’ai été plutôt pantouflarde. J’aime bien la mode mais j’aime bien l’adapter à mon caractère. Une marque doit être mélangée avec d’autres choses. Il faut que ça me ressemble, que ça ressemble à mon humeur du matin. Il ne faut surtout pas qu’on se sente déguisé ou comme un porte manteau, sinon on va mal porter le vêtement. L’idée est de se dire qu’aujourd’hui j’ai une belle robe mais je vais être super mal coiffée et mettre des chaussures qui n’ont rien à voir. Etre un peu décalée. Je crois que ça correspond à mon caractère. Je peux être très nature. D’autres fois, j’aime bien le côté où on joue. Mais on ne joue pas un rôle, on a envie d’être un peu plus fatale parce qu’on se sent comme ça aujourd’hui. C’est un peu comme la scène. Il y a des moments plus maladroits, d’autres plus « mis en place », des moments plus fatals où on se tient droit, des moments où on souffle. Pour moi le vêtement doit être porté selon ça.

Est-ce que c’est cette relation facile et spontanée avec les vêtements qui vous a fait apprécier le fait de distribuer votre album sur le site vente-privee.com ?
C’est un ensemble de choses. C’est pointu. Je ne sais pas si beaucoup d’artistes ont la chance et le courage, après vingt ans de carrière, de présenter un album de cette façon là. J’aimais l’idée, je trouvais ça original. Le fait que ça soit présenté quelque chose de rare, de pointu, de luxueux, je trouve ça plutôt bien.

La chanson « S’il fallait le faire » a été mise en avant. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour cette chanson ?
Ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Quand je l’ai reçu, c’était une chanson un peu pop, qui n’était pas tellement dans l’esprit que j’avais pour mon album. Mais je me voyais vraiment faire cette chanson sur scène. J’adorais le texte, je le trouvais très fort et touchant. Pourquoi est-ce qu’on l’a autant mis en avant ? Ce sont les internautes qui ont choisi cette chanson. On leur a présenté trois ou quatre chansons et on les a laissé choisir celles qu’ils préfèrent. Ça tombait bien parce que je l’aime bien aussi. Le public qui me connait, qui apprécie ce que je fais, mes fans, ont les mêmes goûts, les mêmes idées que moi. C’est plutôt bien. On est sur la même longueur d’onde. Elle représente bien le côté « chanson française », un peu cabaret mais avec un son d’aujourd’hui. De plus, je voulais une interprétation qui n’est jamais dans la représentation. C’est toujours difficile de parler soi-même de son album, surtout qu’on ne l’écoute jamais, à part pour apprendre les chansons par coeur pour la scène. Quand je l’écoute, la première chose que je me dis c’est que je n’ai pas voulu montrer « Vous voulez de l’émotion donc j’en donne », « Vous voulez de la voix, donc j’en donne ». Je crois qu’il n’y a pas de représentation. Avec cette chanson, c’est la même chose. S’il fallait le faire, c’est juste une belle chanson française.

Vous venez de fêtez vos vingt ans de carrière. Est-ce qu’il y a des moments qui vous ont particulièrement marqué. Est-ce que certaines collaborations vous ont marqué, comme celles avec Jean Jacques Goldman ?
Quel moment très fort vous vient spontanément à l’esprit ? Vingt ans de carrière, ça ne rajeunit pas ! Je suis assez fière parce que ce n’est pas évident de passer plein de générations comme ça. Il y a toujours des gens un peu critiques qui t’attendent, « Est-ce que c’est toujours Patricia, est-ce qu’elle représente toujours la même chose ? ». Toutes ces questions font peur, surtout que je ne suis pas la personne qui a la plus grande confiance en soi. Je suis vraiment fière de pouvoir dire que ça fait vingt ans que les gens me connaissent. Tout le monde sait qui je suis. Après, on peut aimer ou ne pas aimer. C’est normal, on n’aime pas tous les musiques qui existent. Les gens qui m’ont marqué ? C’est difficile parce que tous ces gens m’ont apporté quelque chose. Après, c’était une bonne expérience, une moins bonne ou une très bonne. Je pense que chaque expérience t’amène vers autre chose. Il y a des moments où tu doutes, des moments où tu te dis qu’il faut aller plus loin, des moments où tu te dis « Là j’ai exagéré ». Et on a envie de s’amuser, de jouer, d’expérimenter plein de choses, pour ne pas tomber dans le train-train quotidien. C’est sûr que de gens comme Goldman, ou ma première expérience au cinéma, m’ont amené de la confiance. Le rôle était en plus super. Ça m’a donné confiance de me voir à l’écran, très peu maquillée, plutôt cernée. Je jouais le rôle d’une femme malade qui ne croyait plus en l’amour. En me voyant à l’écran, je me suis dit qu’il n’y avait que moi qui me connaissais comme ça. Dans la musique, on cherche toujours l’éclairage, la petite bosse sur le nez… On cherche la perfection. Tout à coup, de se voir comme ça, ça donne plus confiance en soi. Moi je dis toujours que les expériences les plus difficiles sont celles qui te font grandir et les plus belles sont celles dont tu aimes parler.

Quels sont vos projets artistiques à venir, hormis la tournée qui continue. Qu’est-ce qui va arriver en 2009 ? Quel est le programme de cette année qui s’annonce chargée ?
Avant tout, il y a « Kabaret ». C’est un spectacle pour moi, avec un disque. Maintenant, je veux m’amuser, m’éclater pendant tous ces spectacles. Et être un peu en famille. Quand vous partez aussi longtemps c’est difficile, et on a encore au moins 150 concerts… Je commence à penser à l’après Cabaret. J’ai des idées complètement barges. Un projet comme « Kabaret » t’amène à aller encore plus loin, mais ces idées ne sont pas du tout concrètes. 2009 c’est avant tout la tournée. C’est le partage. Partager ce moment sur scène avec le public. Je pense qu’il va comprendre, ce n’est pas un spectacle intello ou avant-garde. C’est un spectacle dans lequel il y a des choses un peu pointues mais qui sont comme moi. Je viens d’une grande famille, je ne suis pas une intello. Ce sont des choses qui me touchent et je pense que le public comprendra ça. C’est ce partage là qui est important.

Merci beaucoup
Merci.

Patricia Kaas, Kabaret
Sortie de l’album le 20 janvier 2009 sur www.vente-privee.com

Site officiel >>


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