Marcel Pagnol
 


SOMMAIRE
 

Culture

LITTÉRATURE
Édition internationale - 2007

Chronique d’une enfance inachevée, de Jacqueline Corbisier
 
Entre 1914 et 1978, entre l’Afrique et l’Amérique, le destin de la petite Julie et de sa famille. Rejetée par son père, ivrogne et violent, aimée par sa mère, douce mais docile et craintive, elle est considérée comme une "bâtarde" et élevée dans le Congo des années 50 comme une fille d’indigènes… Mais vient enfin le temps de la séparation, du départ vers l’Europe, terne et froide comparée à la luxuriante beauté africaine… Si Julie pense en avoir fini avec son père, elle ne sait pas que de pires malheurs menacent de s’abattre dans sa nouvelle maison…

Un destin extraordinaire, un voyage à travers les années et les continents attendent les lecteurs qui sauront être attirés par la plume de Jacqueline Corbisier… Une plume qui sait ménager le suspense, cultiver la surprise et les coups du sort, mais surtout qui sait brosser des paysages grandioses ou triviaux, et créer des personnages humains, vivants, imparfaits et touchants. Une vie incroyable donc, entre cri et larmes, rires et désespoir, qui ne saurait s’achever avec les dernières pages du roman…

Biographie :

Jacqueline Corbisier nait en 1955 à Bukavu (ex Congo Belge) et vit actuellement en Belgique. Des études de secrétariat, elle passe à une carrière commerciale. Deviendra ensuite agent de sécurité, puis détective privé. Elle est à l’origine d’une ASBL contre le cancer et, d’une salle de sport visant la réintégration des jeunes en difficultés. Après la poésie, les textes de chansons, elle vient naturellement à l’écriture de son premier roman Chronique d’une enfance inachevée.

Jacqueline Corbisier répond aux questions de France Gazette :

 
Vous avez commencé votre carrière littéraire en écrivant des poèmes et des chansons. Pourquoi avez-vous voulu écrire un roman ?

Cette chronique à commencé il y a bien longtemps, l’écriture étant pour moi le plus sur moyen d’expression et de défoulement.

J’étais tranquillement chez moi, à travailler le début de l’histoire, lorsque des amis sonnèrent à la porte.
Pressée de leur ouvrir, je laissais là, sans les ranger, les pages déjà imprimées. Quelques heures plus tard, une de mes amies manquait à l’appel, je la trouvais plongée dans « mon livre ».
A mon grand étonnement elle ne leva pas les yeux vers moi, et me demanda simplement :
- « Il sera fini quand ? »
- « Un jour peut-être, lorsque j’aurais le temps… »
De temps à autre par coup de cafard, de gueule, de besoin de solitude, je revenais sur le pc et remplissait une autre page blanche. Petit à petit, les pages s’accumulèrent…
Puis, il y eu ce pénible moment, la perte de l’emploi qu’on aime… Pour ne pas déprimer, par peur d’être jetée aux oubliettes, l’angoisse de ne plus rien faire d’intéressant, la peur de sombrer, je recommençais à écrire avec acharnement
Curieusement, de cet état dépressif, s’échappa un besoin et une volonté créative que je n’imaginais pas.

La petite Julie, l’héroïne de votre livre, a une enfance difficile au Congo. Vous êtes vous-même née à Bukavu dans l’ex Congo Belge. Est-ce votre enfance que nous découvrons à travers Julie ?

Les personnes qui ont lu le livre m’ont toutes posés la même question : -« C’est votre histoire ? »
A toutes j’ai répondu: - « Dans toute histoire, il y a toujours une partie de vrai et une partie de rêve. Il y a aussi de la recherche et du travail, beaucoup de travail. Je laisse à votre imagination, le soin de faire le tri »

Avez-vous aussi éprouvé des difficultés à vous adapter à la vie européenne, lors de votre arrivée en Belgique ?
 
Oui, différence entre liberté et "tu dois", entre soleil et pluie... En Afrique, la vie est très différente, la liberté de bouger fait partie de la vie et le soleil est là tous les jours.

L’enfance de Julie reste inachevée. Pourquoi ?
 

Julie n’a pas eu le temps de grandir vraiment, sa vie d’enfant se passe de pensionnat en pensionnat où l’on tente d’en faire une jeune fille. Par la suite sa vie d’adolescente s’arrêtera très tôt; Julie a dix sept ans quand elle rentre dans le monde des adultes...

Est-il plus difficile à une jeune fille d’entrer dans la vie adulte que pour un garçon ?
 

Honnêtement, je crois que oui. Une jeune fille à 15 ou 16 ans à l’air d’une femme, un garçon du même âge ressemble presque toujours, encore à un enfant. De ce fait, les relations avec le monde des adultes est totalement différent.

Les relations mère-fille sont-elles toujours aussi positives ?

Je ne sais pas... Peut-être Julie est-elle différente ou très semblable aux filles d’aujourd’hui et d’hier.

Nous quittons Julie en 1978 aux États-Unis. Avez-vous déjà imaginé la suite ?

Oui, la suite est en préparation, j’espère pouvoir la terminer pour mi 2008. 
 

Extrait de Chronique d’une enfance inachevée :

Julie marchait et parlait à présent.
C’était une petite fille coquine et vive. Mais Henry ne l’aimait pas : elle n’avait rien de lui, elle ne l’intéressait pas, il la délaissait. Il avait même interdit à Micky de lui donner la même éducation qu’à Clara

— « Qu’elle grandisse avec les sauvages, elle n’est qu’une bâtarde ! » avait-il conclu.

Julie grandit donc comme pousse l’herbe sauvage. Très vite elle remplaça ses poupées par un singe, un ouistiti albinos, abandonné par sa mère et arrivé à la maison dans les bras d’un boy.

Julie le baptisa Jek. Ils s’apprivoisèrent mutuellement et petit à petit, firent tout ensemble : manger, dormir, jouer, rêver…

Décembre arriva et avec lui, les premières élections des ‘Chefs de File’ avait lieu à Élisabethville.

Aucun parti politique local n’y présentait de liste de candidats ; quatre non Katangais furent donc élus, dont trois étaient originaires du Kasaï.

A Walungu, rien n’avait changé. Les journées étaient ponctuées de rires et de chants, éclairées de soleil et, pour Julie, agrémentées de longues promenades en compagnie d’Alidor. Il ne la quittait pas des yeux, c’était ‘son boy à elle’.

Las de courir toute la journée derrière son ‘trésor’, il lui avait fabriqué une sorte de poussette ; elle pouvait s’y allonger et même dormir, si les promenades étaient trop longues.

Alidor trouvait cela très amusant : cet astucieux accessoire lui assurait la paix des promenades.

Un matin où Julie et lui étaient prêts à partir, Clara décida de les accompagner dans leur promenade le long du lac. Elle grimpa dans la curieuse machine et poussa Julie tout au long du chemin, espérant l’en voir tomber.

En dépit des efforts d’Alidor pour l’en dissuader, elle fit tant et si bien qu’à la fin la poussette éclata et s’écrasa sous leur poids combinés, – tout près d’une fourmilière.

Alidor hurla d’effroi : les petites étaient en un instant couvertes de fourmis rouges !

Il les empoigna, les jeta dans l’eau du lac pour faire lâcher prise aux fourmis puis les en ressortit, trempées, couvertes de taches rouges. Il les ramena en courant à la maison, où le Père Clément, qui se trouvait dans le jardin, entendant des cris, s’était déjà précipité.

On les lava et les enduisit d’un onguent malodorant. Préparé par le sorcier, celui-ci calma rapidement les démangeaisons et les cris.

Le Père Clément s’efforça d’expliquer à Henry qu’Alidor n’y était pour rien, qu’il ne devait en aucun cas être puni. Rien n’y fit : Henry se déchaîna, battit sauvagement le malheureux boy.

Quand il se décida enfin à le laisser tranquille, Alidor gisait inconscient sur le sol. Tous étaient figés de crainte et d’effroi ; pas un n’avait osé intervenir : Henry aurait pu se retourner contre eux, tant sa colère était aveugle ; il était hors de lui… On avait osé contrarier Clara ! Il la prit dans ses bras, l’embrassa, la berça jusqu’à ce qu’elle s’endorme. A Julie, il ne jeta pas un regard.
 
(Pages 55 & 56)

Relié
Editeur : Publibook (13 décembre 2006)
Langue : Français
ISBN-10: 274833387X
ISBN-13: 978-2748333879

Site de l’auteur : www.jacquelinecorbisier.com
Site de l’éditeur : www.publibook.com


Donnez votre avis sur ce livre

© France Gazette - France Études 2007