|
Culture

 |
|
| CINÉMA |
| Édition internationale - 2010 |
| LIBERTÉ, un film de Tony Gatlif |
 Photo : Marina Obradovic |
Théodore, vétérinaire et maire d’un village situé en zone occupée pendant la seconde guerre mondiale, a recueilli P’tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l’institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s’arrange, avec l’aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés.
De son côté, P’tit Claude se prend d’amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l’épaule. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés.
Tandis que les enfants Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P’tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens – un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l’insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s’intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l’ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…
| |
ENTRETIEN AVEC TONY GATLIF
Comment est née l’idée de LIBERTÉ ? J’avais envie de faire un film sur l’holocauste des roms depuis que j’ai commencé à faire du cinéma. Mais le sujet me faisait peur. Les Roms que je rencontrais me disaient souvent : “Fais-nous un film sur la déportation des Roms”. Début 2007, participant à un colloque international des Roms à Strasbourg, des jeunes élus roms de la communauté européenne m’ont fait la même demande. Ils me disaient à quel point ils souffraient de ce manque de reconnaissance, de l’ignorance des autres vis-à-vis de leur propre histoire. Je ne voyais pas comment faire ce film, moi qui suis un cinéaste qui aime la liberté de la caméra, comment respecter les règles d’une stricte reconstitution. Et je reculais de peur de mal faire en réalité. Et puis un jour, j’apprends que Jacques Chirac va rendre hommage aux Justes en les réunissant au Panthéon. Je me suis dit : on va enfin savoir si certains Justes ont sauvé des Tsiganes. Malheureusement ils n’étaient pas présents. Je me suis mis à les chercher. J’ai fini par trouver une anecdote de quelques lignes : “Le destin d’un dénommé Tolloche fut particulièrement tragique. Interné à Montreuil- Bellay, il réussit à se faire libérer après avoir acheté, par l’intermédiaire d’un notaire, une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la route pour retourner dans son pays d’origine, la Belgique. Il fut arrêté dans le Nord et disparut en Pologne avec ses compagnons d’infortune”. C’est le destin de ce Tolloche qui a pris tous les risques pour sauvegarder sa liberté qui m’a décidé à faire ce film. Et puis il y a ce Juste, un notaire, qui lui aussi a pris tous les risques pour tenter de le sauver…
Vous êtes-vous posé la question de faire un documentaire ? Bien sûr, mais je ne disposais pas d’assez d’éléments pour faire un documentaire. Les gens sont morts. Il y a très peu d’archives. On ne connaît pas de Juste vivant ayant sauvé des roms. Or ce dernier aspect est pour moi fondamental : comprendre pourquoi un homme ou une femme décide un jour de sauver des bohémiens. Cette leçon d’humanité, je voulais en faire un film. Je ne veux condamner personne, pas même les gendarmes français qui ont participé aux rafles. Je veux juste montrer, sans exagération, sans humilier quiconque. L’histoire parle suffisamment d’elle-même. Et pour cela, il fallait que tout ce que je montre soit historiquement vrai.
Vous avez donc réalisé un gros travail historiographique en amont ? Oui, avec l’aide des oeuvres d’historiens spécialistes des tsiganes et une documentaliste qui a cherché des éléments d’archives dans les communes des camps d’internement. Mon idée était d’arriver à faire une reconstitution qui soit la plus précise possible de ce qui s’était passé. Le problème est qu’il n’existe pas grand-chose sur l’holocauste des roms. Pas de films bien sûr, très peu de livres. Juste des chapitres ici ou là dans des ouvrages consacrés à l’histoire des Tsiganes.
Comment expliquer pareil “trou noir” ? Il est rare que l’histoire s’intéresse aussi peu à un événement aussi considérable dont l’existence n’est, d’ailleurs, contestée par personne… Pendant la seconde guerre mondiale, les Roms ont été enfermés et massacrés avec l’accord de tous les pays, à l’exception notable de la Bulgarie qui, bien que fasciste, a refusé de livrer ses Tsiganes aux nazis. Encore aujourd’hui, très peu de gens connaissent cette histoire et ne cherchent pas à comprendre les problèmes de ce peuple de 10 millions de personnes en Europe qui semble flotter dans l’air dans une pauvreté extrême. Ce trou noir est voulu. Il n’est même pas mentionné dans les livres scolaires. Ce peuple, pendant longtemps, n’a eu ni représentant politique, ni véritable défenseur, excepté quelques écrivains tsiganes dont Matéo Maximoff et quelques amis non tsiganes, ce qui a facilité le mépris à leur égard et la loi française de 1912 imposant le carnet anthropométrique à tous les roms ou encore les lois de Vichy interdisant le nomadisme qui ont conduit à l’enfermement des Tsiganes dans 40 camps de concentration sur tout le territoire français. C’est cette haine qui a conduit à l’extermination de centaine de milliers de Tsiganes en Europe par les nazis entre 250 000 et 500 000… Au fond, les Tsiganes ont toujours été les bêtes noires de cette société organisée.
|
 Photo : Marina Obradovic
|
Comment avez-vous écrit Liberté ? J’ai écrit la première trame du scénario en un mois. Je me suis libéré du poids que je portais depuis longtemps. Tout est devenu clair lorsque j’ai compris que je ne pouvais raconter cette histoire qu’à travers deux Justes. Théodore, un maire et vétérinaire de village et Mlle Lundi, l’institutrice. Les deux m’ont été inspirés de personnages qui ont existé : Théodore, le notaire qui a tenté de sauver Tolloche et sa famille et Mlle Lundi d’après l’histoire vraie d’une institutrice, Yvette Lundy, qui travaillait à Gionges dans la Marne. Résistante, elle fut arrêtée puis déportée. Elle m’a aidé à travailler toutes les scènes qui concernent son personnage et l’école.
Je me suis aussi beaucoup servi de mon histoire personnelle et de gens qui m’ont aidé dans mon enfance et ma jeunesse : mon instituteur, mes éducateurs, ma professeur d’art dramatique. Je connais bien les Roms de tous les pays, je sais comment ils sont. Entre aujourd’hui et 1940, ils n’ont pas changé. Je n’ai eu aucun mal à les décrire. J’ai reconstitué une famille tsigane, qui traverse l’Europe et qui a été coincée en France par la guerre. Pendant un an, j’ai travaillé sur cette reconstitution. Les hommes ont laissé pousser leurs cheveux et leurs moustaches. Tous les acteurs ont fait un régime car à cette époque il n’y avait pas à manger. Nous avons construit trois roulottes identiques à celles de 1940. Les Tsiganes nomades ne sont pas quelque part, on ne va pas les chercher. Un jour, ils arrivent au bout d’un chemin au fond d’un bois, on les voit apparaître comme le vent. On ne sait pas d’où ils viennent, on sait juste quand ils arrivent. Pour leur première apparition dans le scénario, je les ai décrits de cette façon. Une fois cette ébauche de scénario terminée, je me suis aperçu qu’il me manquait l’âme tsigane. L’âme tsigane n’est pas facile à raconter et à faire comprendre. Il n’y a pas de mot dans la langue tsigane pour signifier Liberté. Les Tsiganes n’emploient pas ce mot car ils sont libres. Il fallait que je trouve un personnage qui, à travers sa pureté, sa naïveté, sa fantaisie, sa liberté, ses folies, représenterait toute la communauté rom. Ce fut Taloche.
Il m’a fallu ensuite près d’un an pour arriver au scénario final. En écrivant ainsi, j’ai du même coup approché les raisons du silence qui entoure Samudaripen (le génocide des roms). Les Tsiganes ont peur des fantômes. Lorsqu’ils entrent dans une cave, ils en sortent en courant de peur d’y croiser des revenants. Taloche est ainsi : il a peur des morts. Que s’est-il passé à la fin de la guerre, lorsque les Tsiganes ont compris que des centaines de milliers d’entre eux avaient péri exterminés ? Ils ont eu peur de ces morts, peur de les réveiller, peur qu’ils reviennent. Peur d’en parler, en définitive. Aujourd’hui c’est fini, mais cette crainte a existé jusque dans les années 80.
|
 Photo : Marina Obradovic |
Est-ce que vous considérez que cette histoire est la vôtre, vous qui êtes né en Algérie ? Oui, absolument. L’Algérie a été libérée plus tôt par les Américains mais les lois de Vichy y ont été appliquées. Cette injustice faite aux Roms me révolte. Le silence qui l’entoure est horrible. Je veux simplement qu’elle soit connue de tous, c’est nécessaire. Avez-vous laissé une part à l’improvisation des acteurs ? Non, sauf pour Taloche. J’ai demandé aux comédiens d’apprendre la langue rom. Pour cela, j’ai donc dû écrire les dialogues et ensuite ne plus y toucher. Tout était écrit et traduit.
Et le casting ? Je me suis d’abord rendu en Transylvanie. Les villages roms sont comme des camps de concentration sauf qu’ils ne sont pas entourés de barbelés. Comme si le temps n’avait fait évoluer que les costumes. Les neuf personnes que j’ai trouvées là-bas sont venues en France pour le tournage. Sinon pour les autres personnages de la famille tsigane j’ai trouvé des acteurs Albanais, Kosovar, Géorgiens, Serbes. Tous avaient l’accent des gens qui voyagent. J’ai trouvé la grand-mère à Oslo, elle est d’origine russe.
James Thiérrée, qui joue le personnage de Taloche, n’est pas rom… C’est exact. Pour ce rôle, je voulais un musicien, quelqu’un qui soit à la fois capable de jouer de la musique, de monter aux arbres et d’en tomber. Sans tricher… Impossible a priori de trouver un tel acteur. Et puis un jour, j’ai vu James au Théâtre de la Ville à Paris. Je n’avais jamais vu ça. J’étais impressionné. C’est l’acteur dont je rêvais pour ce rôle. N’étant pas rom, il a fait un travail énorme pour l’être. Pendant six mois, il a appris à parler la langue rom, à jouer de la musique tsigane et surtout à se laisser posséder par la liberté de Taloche.
Et les autres acteurs français ? Pour le rôle de Théodore, je voulais un acteur qui ressemble à un Français de l’époque. Une voix et une gueule un peu comme Pierre Fresnais, Maurice Ronet, Jacques Charrier ou Gérard Philippe. Marc Lavoine a les deux.
Pendant toute l’écriture du scénario, je l’ai rencontré régulièrement pour lui parler de son rôle et de l’histoire. Marie-Josée Croze m’a semblé une évidence pour Mlle Lundi. Elle collait au rôle. Je voyais en elle un personnage hitchcockien, à la fois fragile, mystérieuse et forte. Je l’ai vue aussi régulièrement pendant près d’un an, pour lui parler de la vraie Mademoiselle Lundi qu’elle a rencontrée et de la subtilité et l’ambiguïté de son personnage d’institutrice républicaine résistante. Rufus, c’est l’oncle de tous les Français. C’est la France. Pour le personnage du milicien Pierre Pentecôte, on a travaillé avec Carlo Brandt pour ne pas faire une caricature de salaud. Au contraire, on lui a donné un air piteux avec son chapeau qui lui tombe sur le front, son costard marron qui ferme avec une épingle à nourrice tellement il a grossi depuis le début de la guerre
|
 Photo : Marina Obradovic |
En voyant le film, on est frappé par votre volonté de casser les clichés, même si la représentation des roms que vous faites est très précise. Dans LIBERTÉ, j’ai cherché à démythifier certains clichés. Par exemple pour la musique, il y a cette scène où on les voit donner un concert à… des poules ! Je me suis amusé de ce cliché bien que la musique, dans les films et concerts, ait contribué à faire aimer et accepter les Tsiganes. Je voulais les montrer tels qu’ils sont, par exemple maquignons, forgerons, musiciens. Et s’ils refusent que leurs enfants aillent à l’école c’est de peur qu’ils ne perdent leur âme. La scolarisation des enfants roms, c’est le problème majeur encore aujourd’hui. Dans LIBERTÉ l’école est un lieu central. Sauf que s’ils veulent bien y aller, c’est à la condition que les enfants soient payés car ils considèrent que c’est un travail. Finalement, ils décident quand même de s’y rendre mais c’est avant tout pour manger, pour profiter de la distribution de gâteaux que fait l’institutrice, Mlle Lundi. D’ailleurs, une fois leur portion avalée, ils déguerpissent.
Vous parlez de la nécessité de la scolarisation pour les enfants roms et en même temps c’est votre film lui-même qui a une immense vertu pédagogique. La plupart des spectateurs, les écoliers et les collégiens en particulier, vont apprendre l’existence de ces lois scélérates qui entravent la liberté des roms. Au fond n’est-ce pas là votre souhait que ce film soit montré avant tout dans les écoles ? Absolument. C’est important que LIBERTÉ soit vu et expliqué à l’école. J’espère qu’un jour il n’y aura plus de livres scolaires où les Roms, Bohémiens à l’époque, sont représentés comme des voleurs d’enfants. L’école a longtemps véhiculé une imagerie raciste des roms. LIBERTÉ, c’est un hommage non seulement aux Justes, mais aussi aux instituteurs, à l’école de la République. J’ai un immense respect pour des gens comme Théodore ou Mlle Lundi. J’aime ces gens qui décident de “faire quelque chose”, qui n’arrivent pas à se résoudre à ne rien faire. J’ai fait exprès de mettre en scène un maire qui sauve des roms. Les maires – sauf exception – sont traditionnellement les bêtes noires des roms. Inversement d’ailleurs, les roms sont les bêtes noires des maires. On l’entend tout le temps : quand les roms arrivent en ville, c’est la pagaille, la saleté, etc. Autant de clichés largement répandus qui m’ont donné envie d’imaginer ce personnage de maire Juste, humain, qui ira jusqu’à se battre contre ses administrés pour protéger les roms de la vindicte. L’homme qui m’a aidé dans mon enfance était un instituteur qui croyait en la République et la justice sociale.
Comment avez-vous dirigé les acteurs pour ce film ? Personne n’avait le scénario. Je leur donnais les scènes la veille au soir de manière à ce que le lendemain matin ils sachent leur texte. Je parlais beaucoup avec chacun d’entre eux. Les Tsiganes de Roumanie ne savaient pas que l’holocauste avait existé. Je leur parlais de Ceausescu pour qu’ils comprennent.
Et avec James Thiérrée ? Je lui racontais souvent des anecdotes roms que je connaissais pour “l’habiter”. Je voulais que Taloche ait des antennes, qu’il sente le danger. Comme les oiseaux qui sentent l’orage arriver. James est comme ça, animal. Un exemple : pour une scène de danse, je lui ai écrit une musique de guerre avec des gens qui crient en rom : “Ne tirez pas !”, “Arrêtez le meurtre !”. Quand James est arrivé et que je lui ai demandé de danser sur cette musique, on avait l’impression qu’il faisait l’amour avec la terre, qu’il était en osmose avec elle. Un animal qui baisait la terre.
Arrivé dans la maison, il décide de “libérer l’eau” et, pour ce faire, ouvre tous les robinets. C’est vous qui avez eu l’idée de cette scène inouïe ? J’ai imaginé cette scène sur le tournage pour dénoncer la sédentarisation stupide que le monde cherche à imposer aveuglément aux Roms sans les connaître. Un Rom ne peut pas habiter entre les murs par peur des esprits maléfiques qui habitent les pierres. La maison de Théodore arrive en opposition avec la maison en ruine qu’on leur a offerte pour les protéger, qui est devenue comme une prison car elle est “habitée”. Lorsque Taloche découvre que l’eau, qui est pour lui l’eau des rivières, est emprisonnée dans les robinets, il la libère et c’est naturellement qu’il plonge dans l’escalier. Avec Julien Hirsch, le chef opérateur, on avait décidé de le suivre quoi qu’il fasse. On n’avait évidemment pas prévu qu’il plongerait dans l’escalier. C’est lui, de son côté, qui en a eu l’envie.
En même temps, vous lui avez demandé de chuter du haut d’un arbre, sans l’aide d’un cascadeur. La prise de risque était immense, non ? Je lui avais proposé un cascadeur qu’il a évidemment refusé. Je l’ai vu monter en haut de cet arbre à plusieurs reprises. Il faisait des repérages, observant tous les accrochages, décomposant ce qui allait être sa chute. Et là j’ai vu que c’était aussi un extraordinaire trapéziste. Il maîtrisait tout. Et c’est alors seulement que j’ai dit “on y va”.
|
 Photo : Marina Obradovic |
Parlons de cette scène où Taloche court sur les rails, tombe et aperçoit une montre sur laquelle figurent des inscriptions en hébreu. C’est une scène fondamentale du film… Un train, des rails, des Allemands. Tout commence avec cette séquence où l’on voit trois jeunes soldats nazis se laver avec l’eau d’un puits. Des Aryens, filmés un peu à la façon de Leni Riefenstahl. Rien de violent, juste le fait que ce sont des nazis. C’est hors champ que monte l’angoisse. Taloche comprend qu’il se passe quelque chose, qu’un train partant pour un camp d’extermination est passé par là. Taloche a peur, il entre en transe, se met à courir, tombe en se jetant sur la terre des rails.
Lors du tournage, il était dans un état que je n’ai connu chez aucun autre acteur. Jusqu’à avoir des cailloux incrustés dans le visage. Il sent le danger et tout à coup aperçoit cette montre. On est sur le chemin de l’extermination. De toutes les exterminations. Celle des Juifs comme celle des Tsiganes. De tous ceux que les nazis ont martyrisés. C’est ce que signifient cette montre et ces inscriptions en hébreu…
A un moment dans le film, un Tsigane dit ceci : “On sera libre quand on sera parti d’ici sans que personne ne sache où on va…” C’est ça, la liberté. Ne jamais être obligé de dire ce que tu vas faire, de dire où tu vas. Avec le carnet anthropométrique, les Tsiganes étaient obligés d’avoir un visa, de le faire viser dans un commissariat ou à la mairie lorsqu’ils arrivaient dans un village et quand ils en partaient. Ce carnet obligatoire en France pour tous les Roms était en vigueur jusqu’en 1969. Cette phrase dénonce ce fichage systématique.
Selon vous, ce film entre-t-il en résonnance avec l’époque. actuelle ou bien n’est-il qu’une reconstitution d’un temps passé ? En l’écrivant, je voulais qu’il fasse écho à ce qui se passe aujourd’hui. Nous vivons actuellement la même chose sauf que la mort n’est pas au bout. Il n’y a plus de politique d’extermination mais d’un point de vue psychologique et politique rien n’a vraiment changé. Dans l’Italie de Berlusconi, les roms sont toujours soumis à des lois d’exception. Pareil en Roumanie, en Hongrie. Même en France les roms sont souvent parqués dans des endroits sans hygiène dont ils sont chassés et expulsés. La loi française autorise les manouches à ne séjourner dans un endroit que 24 heures. Il leur faut un nombre incroyable d’autorisations pour s’arrêter quelque part, ce qui, soit dit en passant, permet de les pister en permanence.
A la fin du film, Catherine Ringer chante une chanson que vous avez écrite avec Delphine Mantoulet. Que dit-elle ? Les roms viennent d’être embarqués au petit matin pour ne plus jamais revenir. La chanson dit : Bonne chance les autres, si quelqu’un s’inquiète de notre absence, dites-lui qu’on a été jetés du ciel et de la lumière, nous les seigneurs de ce vaste univers.
Propos recueillis par Franck Nouchi
|
Titre original : Liberté Origine : France Sortie le 24 février 2010 Durée : 1h51
Site officiel du film>>
FICHE ARTISTIQUE :
Théodore : MARC LAVOINE Mademoiselle Lundi : MARIE-JOSÉE CROZE Taloche : JAMES THIÉRRÉE P’tit Claude : MATHIAS LALIBERTÉ Pierre Pentecôte : CARLO BRANDT Fernand : RUFUS Darko : ARBEN BAJRAKTARAJ Kako : GEORGES BABLUANI Chavo : ILJIR SELIMOSKI Zanko : KEVYN DIANA Tina : BOJANA PANIC Puri Dai : RAISA BIELENBERG Tatane : THOMAS BAUMGARTNER
FICHE TECHNIQUE :
Réalisateur : TONY GATLIF Production déléguée : PRINCES PRODUCTION Productrice exécutive : DELPHINE MANTOULET Directeur de la photographie : JULIEN HIRSCH Montage :MONIQUE DARTONNE Son : PHILIPPE WELSH, ADAMWOLNY, DOMINIQUE GABORIEAU Décors : BRIGITTE BRASSART Costumes : CATHERINE RIGAULT Musique : DELPHINE MANTOULET TONY GATLIF Chant “Les Bohémiens” : CATHERINE RINGER Directeur de production :CHRISTIAN PAUMIER Lieu de tournage : FRANCE, RÉGION RHÔNE-ALPES Une coproduction : PRINCES PRODUCTION - FRANCE 3 CINÉMA RHÔNE ALPES CINÉMA Bande originale disponible chez MERCURY, UNIVERSAL MUSIC FRANCE
|
DISTRIBUTION : UGC Distribution 24, avenue Charles-de-Gaulle 92200 Neuilly-sur-Seine Tél. : 01 46 40 46 89
© 2009 UGC YM – TF1 Films Production |
FRANCE GAZETTE - ÉDITION INTERNATIONALE 2010 © FRANCE ETUDES - FRANCE GAZETTE Tous droits réservés | |
|
 |
|
|
|