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HIER ET AUJOURD’HUI
Mai 2005


 La coutellerie de Thiers : un avatar de la peste

Tout commença avec les ravages de la peste dans la localité de Chateldon en 1348. Les survivants s’enfuirent jusqu’à Thiers, emportant avec eux l’art de la coutellerie. Celle-ci se développa tellement que la ville devint le centre industriel le plus important d’Auvergne aux 16e et 17e siècles. Au début de cette période elle compta jusqu’à cent soixante-dix maîtres couteliers.



Le siteggc.free.fr/coutellerie dresse un historique intéressant de la coutellerie auvergnate. Un rappel important souligne que l’utilisation du couteau, commune aujourd’hui, a jusqu’au 15e siècle été réservée à la noblesse et qu’il faudra attendre plusieurs siècles pour que son usage se généralise. Malgré cela, une innovation, le couteau pliant, fait déjà son apparition au 16e siècle.

Laguiole pliant

L’expansion de la coutellerie évoquée plus haut entraîne une organisation du travail très poussée que le site attribue aux ouvriers couteliers eux-mêmes: huit ouvriers fabriquent chacun une des pièces constituant le couteau.

Au 19e siècle, l’Auvergne produit 50 millions de couteaux, soit 66% de la production totale en France. Ggc.free.fr/coutellerie souligne cependant que ce bon résultat obtenu face à une concurrence importante entraîne une stagnation des salaires.

 

Parler d’industrie coutelière à cette époque risque de donner une image erronée de la réalité : il s’agissait plutôt d’un réseau d’artisans indépendants qui assuraient les différentes étapes de la fabrication des couteaux ; au centre de ce réseau, un fabricant* organisait l’articulation entre les différents ateliers.

Les tâches qui conduisaient au produit final étaient très spécialisées :

Les martinaires** recevent des barres de fer qu’ils aplatissaient et tronçonnaient ;

à partir de ces segments de métal, les forgerons produisaient les composants de couteaux pour lesquels il étaient spécialisés : lames, ressorts, clous, etc ;

la trempe de la lame, c’est à dire le chauffage à rouge et son interruption dans un bain d’huile ou d’eau se faisait dans l’atelier du fabricant.Ggc.free.fr/coutellerie définit cette opération comme « capitale », la trempe donnant au coupant de la lame ses caractéristiques ;

les émouleurs prenaient soin de l’opération suivante, elle-même très importante :donner à la lame son tranchant et son biseau, c’est à dire la taille en oblique d’un côté ;

des femmes et des enfants polissaient les lames avec des meules de feutre ;

trois corps de métier prenaient soin de l’ultime opération, celle du montage du manche :

le mitreur qui façonnait et polissait la mitre – la pièce de métal qui séparait la lame du manche ;

 le poseur qui ornait le manche de détails métalliques ;

 l’essuyeuse et l’affileur – il donnait une dernière main au tranchant de la lame – assuraient les étapes finales avant la mise en vente.
 Le Laguiole – se prononce à l’occitane laïole ; le nom lui vient de son village d’origine dans l’Aveyron – est considéré comme le couteau auvergnat par excellence. Selon le site coutelier-laguiole.com, le premier Laguiole remonte à 1829 : c’est un couteau pliant à cran forcé, c’est à dire que la lame reste ouverte par la simple pression d’un ressort et non par un cran d’arrêt. la lame et le manche seraient inspirés de la Navaja espagnole, ce couteau que les jeunes hommes qui partaient travailler en Catalogne l’hiver avaient ramené.

À l’objet utilitaire, Laguiole ajouta l’œuvre d’art primée aux concours nationaux, créant ainsi une demande sur deux fronts ; victimes de leur succès les artisans finirent cependant par accepter la fabrication en masse à Thiers des couteaux utilitaires vers les années 1930, tout en se réservant la coutellerie d’art.  Depuis la fin des années 1980, le village ne produit plus son célèbre couteau ; il existe une zone de fabrication Laguiole dont le centre est Thiers. Il s’y produit annuellement 400 000 couteaux.

Cependant, ajoute coutelier-laguiole.com, ni la marque ni la forme du couteau ne sont protégées ; ceci a pour conséquence l’irruption sur le marché de copies

Laguiole en ivoire
fabriquéespar exemple en Chine et au Pakistan voire à Thiers même, dont laqualité laisse pour le moins à désirer.

 

*Cette appellation même porte à confusion ; mise à part  la trempe de la lame qui se fait sous sa responsabilité, le fabricant, propriétaire les matières premières nécessaires à la fabrication des couteaux, distribue ces dernières aux différents ateliers et réceptionne la production avant de l’envoyer à ses clients.

** Ces artisans travaillaient au martinet, un marteau mécanique activé par une roue à eau ou par la vapeur.

Dominique Sigot 
Sources :

Pour une information très complète sur le Laguiole, les deux sites suivants se complètent :

ggc.free.fr/coutellerie

layole.com

Photos :
© La  Coutellerie de Laguiole


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