Trois ans après Alabama Song, prix Goncourt 2007, l’auteur français présente Zola Jackson.
Gilles Leroy - Photo : Stéphane Haskell
Vous avez obtenu le prix Goncourt en 2007. Après cette distinction, redoutiez-vous la publication d’un nouvel ouvrage ? On m’avait dit qu’après le Goncourt, il y avait un retour de bâton. Pour l’instant je ne le vois pas. Tant mieux. L’accueil est plutôt très bon, je suis content (rires).
Comment vous est venue l’idée de ce récit ? Cela faisait une vingtaine d’années que j’avais en tête ce personnage de mère endeuillée, ce lien très forts qui unissent une mère à son enfant, et plus particulièrement à son fils. J’avais retourné cette idée
dans tous les sens sans trouver le bon vecteur. C’est en 2007, en revoyant les images de Katrina, notamment celles de cette femme qui appelait les secours depuis le toit de sa maison, dans un documentaire de Spike Lee, que j’ai trouvé mon accroche. Le cadre de l’ouragan, la solitude de cette femme emprise avec les éléments m’a semblé une bonne dramaturgie.
Après Zelda, dans Alabama Song, votre héroïne est encore une femme, Zola… La parenté avec Zelda est à la fois proche et lointaine. Proche de part la géographie et lointaine de part les origines. On est toujours dans le Sud des Etats-Unis, certes, mais Zelda est une femme blanche de l’aristocratie d’Alabama. Zola, elle, est une femme noire des milieux très modestes de la Nouvelle-Orléans.
Après le passage de Katrina, Zola, se retrouve recluse chez elle… Seule…avec sa chienne. Cette chienne est un personnage important du récit, c’est le seul public qu’a Zola, le seul être vivant à qui elle puisse s’adresser. Lady m’a permis de libérer la parole de mon héroïne, de lui faire dire à son animal de compagnie ce qu’elle n’aurait jamais dit à un humain. Le monologue s’est d’ailleurs imposé. C’était la meilleure façon de rendre l’idée de solitude, d’isolement.
Votre roman est sorti juste avant la catastrophe d’Haïti. Le parallèle est inévitable… Les lecteurs l’ont fait, moi pas du tout…. Ce qui s’est passé en Haïti est une vraie catastrophe naturelle, il n’y a pas de faute humaine dans ce drame. Pour Katrina, la faute humaine est incontestable. Si après l’ouragan Betsy en 1965, les digues de Pontchartrain avaient été reconstruites correctement, elles n’auraient sans doute pas cédé après le passage de Katrina… A cela se sont ajoutées des rivalités internes, entre l’administration Bush, le gouverneur de Louisiane et le maire de la Nouvelle-Orléans. N’oublions pas qu’il a fallu attendre cinq-six jours pour que l’armée américaine envoie 500 hommes pour sauver les rescapés. N’oublions pas que les Etats-Unis ont refusé à l’époque l’aide de l’Allemagne et de la France, pour montrer ô combien ils étaient supérieurs aux autres, qu’ils étaient la puissance numéro 1.
Avez-vous commencé votre prochain livre ? J’ai écrit une dizaine de pages, mais il y a toujours une période de flottement. Je ne préfère pas trop dévoiler les choses. Je peux dire qu’il y a un retour en Europe, avec des histoires entrecroisées dans plusieurs pays à des époques différentes.
Quels ont été vos derniers coups de cœur littéraires ? Trois Femmes puissantes de Marie N’Diaye, Jan Karsky de mon copain Yannick Haenel et La Barque silencieuse de Pascal Quignard, avec une écriture très à part et très poétique.